L'Amérique n'existe pas
On parle souvent de "l'Amérique" comme d'un bloc homogène. Après neuf jours dans le Wyoming, entre Cody et Jackson, j'ai compris que cette idée était une illusion.
Dans les vitrines, les bottes de cowboy côtoient les chemises à carreaux. Des animaux empaillés sont installés à coté d’affiches décoratives qui font de l’humour sur le port d’armes.
Dans la rue, un décor composé d’un saloon, d’une banque et d’une prison a été installé devant un alignement de chaises qui ne resteront pas vides très longtemps. Au bar de l’hôtel Irma, les acteurs en costume d’époque attendent leur entrée en scène.
Bienvenue à Cody, dans le Wyoming.
Je suis en Amérique, mais cette Amérique-là n’a rien à avoir avec celle dans laquelle j’évolue au quotidien en Californie.
J’ai traversé le Wyoming pendant 9 jours. J’avais rendez-vous avec la nature sauvage et imprévisible dans les parcs nationaux de Grand Teton et de Yellowstone. J’ai parcouru des miles et des miles et traversé plusieurs villes.
J’en tire un constat: l’Amérique n’existe pas.
Avant d’aller plus loin, n’hésitez pas à consulter mes articles sur ce trip génial:
Ce voyage dans le Wyoming m’a rappelé que la réalité d’un pays est rarement celle que racontent les médias traditionnels et les réseaux sociaux.
On parle généralement de l’Amérique comme d’un bloc homogène. On croit que tout se ressemble parce que les chaînes de fast-food, les stations services, les motels portent le même nom, d’un Etat à l’autre.
On parle de « l’Amérique » comme si les conversations, les paysages, la nourriture, les votes, les réflexes, les croyances obéissaient à une même logique. Plus je vis ici, plus les différences me sautent aux yeux. L’Amérique globale, identique, est une illusion.
Parler « des Américains » pour parler de 349 millions de gens installés en Amérique du Nord et répartis dans 50 Etats différents n’a absolument aucun sens.
D’un Etat à l’autre, tout est différent
Premier constat: la Californie et le Wyoming n’ont rien en commun. La Californie compte environ 39 millions d’habitants, ce qui en fait l’État le plus peuplé des États-Unis. Le Wyoming est l’État le moins peuplé du pays avec environ 588.000 habitants.
Le décor est différent. En Californie, la nature est accessible, proche, intégrée à la vie urbaine. C’est une échappée. Dans le Wyoming, elle n’est pas une parenthèse dans la vie quotidienne, elle en est le cadre.
La météo est très différente aussi. Dans le Wyoming, les hivers sont longs et froids. Et les étés… changeants: on a quitté Yellowstone le 27 juin; le 29 juin, il neigeait!
Dire que la Californie et le Wyoming sont différents me semble être une évidence. Ce sont presque deux pays à part entière. Mais l’Amérique a aussi différents visages au sein d’un même Etat.
Deux visages au sein d’un même Etat
Dans le Wyoming, j’ai traversé la ville de Jackson et la ville de Cody, l’une et l’autre à une extrémité différente de Yellowstone. Elles ne sont séparées que par quelques heures de route à travers le parc.
Dans l’une comme l’autre, tout le monde portait des bottes et des chapeaux de cowboys. On se doute que l’hiver est rude par ici et on se contente de peu. C’est la nature qui décide de la façon dont on occupe nos journées.
Cody: bastion pro-Trump, pro-armes, traditionnel et religieux
La réflexion que je vous fais ici m’est venue dans une boutique de souvenirs, dans la rue principale de Cody. Des panneaux décoratifs, sortes de plaques d’immatriculation à accrocher aux murs, faisaient l’apologie de la chasse et encourageaient le port d’armes.
On pouvait lire: Gun Safety - Rule #1: Carry One ou encore Ban Idiots Not Guns in America. Un autre panneau montrait un problème: une femme disputer son conjoint; et indiquait la solution: la chasse.
J’ai grimacé. On se rendait au spectacle gratuit devant l’hôtel Irma. Il s’agit d’une petite pièce de théâtre amateur qui met en scène des personnages ayant marqué la région - comme Buffalo Bill. Il y a un cambriolage, des échanges de coups de feu… J’ai eu l’impression d’assister à un spectacle d’école primaire. Mais ce n’est pas vraiment le sujet.
J’observais leur attitude, leur fierté de parader, une arme à la ceinture. Il y a eu quelques tacles anti-Californie, Etat démocrate, prônant les libertés de chacun et peut-être bientôt le premier Etat d’Amérique à taxer les super-riches. Je vous en parle la semaine prochaine.
J’avais déjà compris que les gens là-bas n’aimaient pas trop les valeurs californiennes… En quittant notre camping préféré des vacances, un State Park en bord de rivière entre Yellowstone et Cody, un autocollant sur la voiture devant nous implorait: Don’t California our Cody. Le slogan est répété et affiché depuis des années dans le coin.
Cody, réputée pour son rodéo précédé de prières et de réflexions anti-Californie, est une ville républicaine qui s’assume: près de 80% des gens ont voté Donald Trump.
Ici, le mode de vie est rural. Les statistiques montrent que les gens travaillent surtout dans les ranchs, s’occupent du bétail. La ville est très majoritairement blanche. Le discours local met régulièrement en avant la liberté individuelle, le droit de porter une arme et l'attachement aux traditions. Ce sont des thèmes omniprésents, dans les conversations comme dans les symboles affichés en ville. C’est le fief des patriotes.
Jackson: l’exception du Wyoming
Quelques jours plus tôt, j’étais à Jackson et l’énergie de la ville était très différente. Je ne le savais pas avant d’y mettre les pieds et de faire des recherches mais dans le Wyoming, Jackson fait figure d’exception. Ici, on vote bleu en masse. Les rues sont calmes, les cafés plus sophistiqués.
Jackson est l’une des enclaves les plus riches des Etats-Unis. Elle rassemble des cadres de la tech, des investisseurs, des stars mondiales. Harrison Ford y habite depuis 40 ans. Sandra Bullock vient aussi y chercher la tranquilité. Tous viennent profiter de l’époustouflante beauté de la nature et de l’absence d’impôt sur la fortune. Les gens y sont surdiplômés. Et la classe moyenne quasi inexistante.
C’est la preuve que même à l’intérieur d’un même Etat, il y a des disparités immenses, des incompréhensions, des croyances, des lois et des façons de vivre différentes.
« L’Amérique » comme on l’imagine n’existe pas. L’Amérique est multiple. Elle est une mosaïque de territoires, d'histoires et de cultures qui cohabitent sous un même drapeau sans toujours être d’accord.
Habitant ici, j'ai le sentiment que sa découverte est sans fin.
Si ce genre de chroniques vous plaît, c'est exactement l'esprit d'Enjoy California. J'y raconte les États-Unis de l'intérieur: mes observations sur la vie en Californie, les réalités de l'immigration, des carnets de voyage, mais aussi ces petits détails du quotidien qui disent souvent beaucoup plus d'un pays que les grands discours.
Pour lire tout ça et bien plus encore, c’est par ici.
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