Anaïs Lenar, jeune avocate à Los Angeles, raconte l'envers du rêve américain
Star des réseaux sociaux, la Française Anaïs Lenar a étudié, vécu et travaillé en Californie. Elle y reviendra bientôt. Elle me raconte son aventure, ses joies et ses désillusions.
🌴 Je m’appelle Déborah, je suis journaliste, mariée avec un photographe 📸 et maman d’un petit garçon de 9 ans. Je suis Belge et installée à Los Angeles. J’ai vécu à Palm Springs pendant trois ans sous visa, et nous voilà de retour dans la Cité des Anges, avec la Green Card EB1. Je vous raconte comment j’ai obtenu la carte verte (et comment vous pouvez l’avoir aussi) ici.
Dans cette newsletter, je vous raconte la Californie de l’intérieur ☀️, je vous détaille notre aventure d’immigration 🛂 et je vous donne de vrais bons conseils pour votre voyage sur la côte ouest ou votre future installation.
Cette newsletter est pour vous si vous avez un voyage prévu en Californie ✈️ et que vous voulez vous mettre dans l’ambiance, si vous venez de rentrer d’un voyage en Californie et que vous voulez prolonger le plaisir, si vous espérez, un jour, venir vivre aux USA 🇺🇸 et que vous voulez savoir à quoi ressemble la vie sur place, ses défis, ses grandes joies, sans bullshit et avec des exemples et des situations concrètes. Mais aussi si vous vivez déjà en Californie et que vous cherchez des bons plans.
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Dans mes dernières newsletters, je vous parle de ma découverte du système bancaire américain, de comment j’ai trouvé un appart à Los Angeles, de mon expérience avec le système de santé, des infos qui m’ont fait halluciner au sujet des incendies à Los Angeles… Régulièrement, je vous proposerai des portraits d’expatriés / immigrés en Californie. Des gens qui vous donneront de vraies informations sur la vie ici. On commence?
Anaïs Lenar s’est fait connaître en 2022 sur les réseaux sociaux en racontant avec franchise son quotidien de jeune avocate à Los Angeles. Fin 2024, elle a plaqué son job et sa vie en Californie pour revenir en France. Déprimée, elle avait besoin de retrouver ses proches et de faire le point. Anaïs ne le cache pas à ses abonnés: le rêve américain ne ressemble pas forcément à ce qu’on s’imagine. Rencontre.
Salut Anaïs, beaucoup te connaissent parce qu’ils te suivent sur Instagram, Tik Tok ou YouTube, mais peux-tu me dire d’où tu viens et comment tu as fait pour vivre en Californie?
Je viens de Rennes, je suis troisième d’une famille nombreuse. J'ai trois frères et sœurs. On a tous des grosses personnalités. Ils ont tous fait des écoles de commerces. On voyage depuis toujours. On a tous un côté international. Mes parents habitent en Espagne désormais. J’aurais voulu être journaliste mais j’avais trop peur de passer le concours. Finalement, j’ai choisi de faire du droit. J’avais postulé pour aller un an aux États-Unis pendant mes études. J’aurais pu aller un an dans l’université de droit de Philadelphie mais bon, il y a eu le Covid, ça a été annulé. Je n’ai pas aimé mes années de droit. Je n’ai pas aimé rester à Rennes. J’avais l’impression de passer à côté de mes plus belles années. Les profs en fac, pour la plupart, n’avaient pas envie d’être là. Ils faisaient les mêmes cours d’une année à l’autre. Je ne me sentais ni mise en valeur ni considérée. Donc je voulais partir. Quand le Covid a annulé mon voyage, ça a été très dur. Mes parents, qui avaient payé les écoles de commerces de mes frères et soeurs, m’ont dit qu’ils voulaient bien me payer une année à l’étranger. J’ai découvert qu’on pouvait faire un LLM (Master of Laws) après un Master de droit. J’ai donc décidé d’essayer. J’ai fait toutes les démarches seule.
Et c’est là que tu t’es rendu compte qu’il y a différents moyens de venir vivre aux Etats-Unis…
Oui, totalement. Il y a plein de gens qui me demandent comment on fait pour partir aux USA. Mais je ne sais pas. Parfois, les gens croient que je ne veux pas les aider. Alors qu’en fait, ça dépend de chaque situation. Moi, je sais quoi faire si on fait du droit. C’est tout.
Tu voulais aller dans une université américaine. Pourquoi?
On a grandi un peu là-dedans. Les films, les séries, la musique, High School Musical… C’est ça que j’ai connu. Je venais de la fac de droit à Rennes, c’est un bloc de béton, il n’y a pas de moyens parce que c’est public. C’est lugubre, il n’y a pas de vie universitaire. J’avais envie d’un truc un peu fun. Les USA ne m’attiraient pas trop culturellement. Je me suis dit: si j'y vais, c'est vraiment pour y vivre, pour comprendre la vie là-bas. Je ne voulais pas y aller en touriste. J’avais pas mal d’a-priori sur le pays donc je voulais comprendre: est-ce que c’est basé sur quelque chose? est-ce que je me trompe? Ca m’intriguait.
Mais donc, c'était les Etats-Unis au sens large? Pas que la Californie?
Oui, les Etats-Unis. Je n'avais jamais pensé aller à Los Angeles, je me suis retrouvée là par hasard. En fait, j'ai été prise partout. J’ai choisi Los Angeles parce qu’on a accueilli beaucoup d’étudiants étrangers chez nous, dont une qui a fait USC, là où j’avais été acceptée. Elle habitait Los Angeles. Elle m’a aidée à postuler, à faire mes lettres de recommandation. Je me suis dit que Los Angeles, ça fait quand même un peu rêver… Je connaissais quelqu’un, j’avais une très grosse bourse, c’était logique d’aller là.
Tu as décollé en août 2022. Heureuse?
Oui. J'ai vécu un rêve en fait. J’étais hyper contente. À ce moment-là, je pensais partir pour un an parce que je prévoyais d’être notaire. Je me disais que j’allais rentrer à l’école de notaire en rentrant de mon LLM et que j’allais reprendre ma vie.
Tu fais alors ton année à l'université. Ça se passe comment? Est-ce que ça correspond à ce que tu imaginais?
C'est encore mieux. Le campus est fou. La qualité de l'enseignement est folle. L'accompagnement est fou. C'est vraiment comme dans les films, mais encore mieux. J'allais boire des cafés avec les profs quand j'avais des doutes, ils nous conseillaient vachement, ils nous aidaient. On sent qu'ils sont passionnés par leur métier, qu'ils aiment leurs étudiants. Et puis, c'est aussi la culture américaine. Ils sont très, très gentils. Ils t'accompagnent énormément. Ils te prennent un peu sous leurs ailes. J’ai découvert les sororités, les fraternités. Toute l'ambiance de campus, c'était dingue. C'était vraiment la meilleure année de ma vie. Je ne sais pas si elle sera égalée un jour.
Une fois à la fin de ton année d’étude, tu décides quoi?
Dès le début, ça a été tellement une énorme claque que je me suis dit je ne peux pas rentrer en France. Mais pour ça, il me fallait un visa. J’ai fait du networking pendant huit mois. Je postulais partout, au cas où, dès le mois d’octobre. Quand tu as fait une année d’étude dans une université américaine, tu as une année d’OPT. (Pour info, l’Optional Practical Training, c’est une autorisation de travail de 12 mois accordée aux étudiants étrangers F-1 qui ont étudié à temps plein pendant au moins deux semestres consécutifs et qui prévoient de chercher un emploi aux États-Unis dans leur domaine d'études.) C’est facile à avoir, il faut juste trouver quelqu’un qui t’emploie. Enfin, “juste”... La concurrence est énorme. J’ai parlé à des avocats constamment. J’ai trouvé un travail à 5 jours de la deadline, juste avant de ne plus avoir le droit d’être sur le territoire américain, mi-juillet.
Tu en tires quoi de cette expérience-là, d'avoir postulé comme ça aussi longtemps?
C’est comme ça que ça marche ici: il faut se battre. Il ne faut pas abandonner. Je connais plein de gens de mon âge qui sont rentrés en France parce qu’ils voulaient être certains d’avoir un job. Alors qu’un LLM, c'est hyper reconnu dans le monde entier. Ça nous permet d'avoir les plus gros jobs une fois qu’on rentre en France. Je trouve qu'on se stresse beaucoup, en vrai, par rapport à tout ça. Parce qu'on a tous été éduqués comme ça: à être prudents, à surtout bien mettre l'argent de côté, à ne pas prendre de risques… Mais il faut y croire.
Tu commences donc à travailler pour un cabinet américain. Que découvres-tu sur la façon de travailler des Américains?
Ils bossent beaucoup. Beaucoup trop pour moi. Nous, on travaille pour vivre, eux, ils vivent pour travailler. Ce n'est pas un mythe. Quand ils ont deux jours de congé, ils ne savent pas quoi en faire tellement ils n’ont pas l’habitude d’en prendre. Alors oui, aux États-Unis, on peut se faire beaucoup plus d'argent, c’est vrai. Mais il faut tout le temps mettre de côté, il faut tout le temps tout anticiper. Je n’avais pas d’assurance santé avec mon boulot, je devais payer de ma poche. Les Américains ne voyagent jamais. Ils bossent jusqu'à 75 ans, même 85 ! Moi, je ne suis pas très carriériste. J'ai besoin de voir ma famille, j'ai besoin de voyager. Dans notre quotidien, en France, je trouve qu'on a quand même une sécurité qui est agréable. C'était hyper intéressant, mais sur le long terme, ça m'a vidée.
Après un an et trois mois, tu quittes le cabinet dans lequel tu travailles. Pourquoi?
Ca ne se passait pas très bien. Je ne me sentais pas à ma place. Mais le problème, c'est que moi, j'étais liée à ce travail-là par rapport à mon visa. Ça aussi, c'est un truc: on ne se rend pas compte, mais le visa, c'est un stress permanent. Il faut toujours anticiper le visa d'après. Je ne pouvais pas changer de travail à cause de mon visa. Ça m’a miné le moral.
Tu avais quoi comme visa?
Un H1B pour 3 ans. Pour l’avoir, il faut être sponsorisé par notre employeur qui nous inscrit à une loterie. Ce n’est pas la loterie de la green card, c’est encore autre chose. Si on est tiré au sort, on doit faire un dossier pendant six mois en expliquant pourquoi c’est à nous qu’il donne le poste et pas à un Américain. J’ai été tirée au sort. Je ne pouvais pas trop partir, parce qu'à partir du moment où ma boîte a accepté de me sponsoriser, je savais que la procédure allait durer six mois. Ils ont accepté en janvier, on a rentré le dossier pour la loterie en février, on a eu les résultats en mars et à partir de là, j’ai déposé mon dossier en juillet et tu as la réponse pour ton visa en octobre. C’est pour ça que j’ai attendu aussi longtemps pour démissionner. Le jour où j’ai su que j’avais mon visa, je suis partie.
La procédure du visa H1B est bien expliquée ici.
Maintenant, avec ce visa-là, tu peux faire ce que tu veux?
Non, mon visa n’est valide que si je bosse pour quelqu'un en tant qu’avocate. Rien d’autre. Je ne peux pas travailler pour les réseaux sociaux par exemple.
Tu as réussi à te faire des copains américains en Californie?
C’est dur. J’ai essayé. Je me suis fait des connaissances, des gens que je voyais un peu, mais sur le long terme, une vraie amitié comme on a en Europe, je n'ai pas réussi à retrouver ça. Culturellement, ils n'ont tellement pas la même façon de voir les choses que ce n'est juste pas possible, en fait. Mais bon, Los Angeles, c'est particulier. Je n'ai pas envie de généraliser du tout sur les États-Unis ni même sur le reste de la Californie parce que je sais que Los Angeles, c'est une bulle. C'est le paroxysme de la superficialité. Je me suis fait des amis français ou d’ailleurs dans le monde mais pas des Américains.
Au final, qu'est-ce que tu te dis aujourd'hui sur les Américains? Tes aprioris se sont confirmés?
Je trouve qu'on parle des Américains négativement. Les Français sont assez condescendants avec les Américains. Alors, toutes les choses qu'on leur reproche, je trouve qu'elles sont vraies. Ils ont plein de défauts mais ils ont aussi plein de côtés géniaux. Les Américains n’en ont rien à faire de l’écologie, ils sont un peu fake, un peu binaires. Mais ils sont hyper entrepreneurs, hyper positifs, hyper accueillants. Ils mettent vachement en avant la jeunesse. Aux USA, toutes les nouvelles idées sont bonnes à prendre, même si tu es un junior, tu es pris au sérieux. En France, tu n’aurais jamais ton mot à dire. Là-bas les gens sont super libres et du coup ils tentent plein de choses.
C’est quoi la suite pour toi?
J’ai prêté serment, je suis officiellement avocate mais pour que mon titre d'avocate soit reconnu, il faut que je travaille en tant qu'avocate pendant un an aux États-Unis. Donc je vais travailler encore un an aux États-Unis en tant qu'avocate parce que ce serait un peu con d'avoir fait tout ça pour revenir en France et ne pas être avocate… En fait, je déteste bosser pour quelqu'un, je déteste bosser dans un bureau. Bosser pour quelqu'un et faire du 9h - 17h en costard-cravate dans un bureau, ça me déprime totalement. Je me dis que je peux utiliser ma casquette d'avocate pour essayer de développer un truc sur les réseaux. Pour l'instant, je vais devoir être un an avocate aux États-Unis. Mais je sais que je ne ferai pas ma vie aux USA.
Quel conseil tu donnerais aux gens qui ont envie de s'installer aux Etats-Unis et en Californie plus particulièrement? Qu'est-ce que tu aurais bien voulu savoir avant?
Que c'est cher. Il faut toujours prévoir de l'argent. Quand on fait un visa, il y a toujours des procédures, il y a toujours une facture de 500 dollars qui tombe et qu'on n'a pas prévue. Il faut toujours avoir des sous de côté. Je leur conseille de s’inscrire à Los Angeles Accueil pour faire des rencontres et se sentir moins seul.
Tu as beaucoup postulé: comment on fait pour trouver un job? Quel conseil tu donnes?
Il faut se vendre. Il ne faut pas hésiter. En France, on est beaucoup plus en retrait. Aux États-Unis, il ne faut pas hésiter à renvoyer des mails. Moi, je postule sur LinkedIn. Donc, je mets job, je mets juste le nom et je postule en masse. Je postule à 300 offres par jour. Après un entretien, il faut directement envoyer un email dans les 10 minutes qui suivent. Sinon, c'est mort. On est à la poubelle. On dit: Merci beaucoup pour cet entretien. J'ai adoré parler de ça, ça, ça, ça. Il faut revenir sur les points clés de l'entretien. Remercier, dire qu'on est à fond, qu'on a tellement envie.
Pour être bilingue, tu conseilles quoi?
Je ne sais pas. Des films, des séries en anglais et il ne faut pas avoir peur de parler. Il faut se lancer, on s'en fout. Les Américains, ils sont hyper chill là-dessus. Les Français sont assez méchants avec les étrangers qui ne parlent pas bien. À l'inverse, les Américains sont très bienveillants. Ils ne nous corrigent jamais. C'est une forme d'impolitesse quelque part pour eux de te corriger parce qu'en fait s'ils te corrigent, ils te font savoir que tu ne parles pas bien.
Comment tu vois ton retour aux Etats-Unis?
Je l'appréhende beaucoup, mais en fait ce n'est pas à cause des Etats-Unis, c'est à cause du droit. En vrai, les Etats-Unis, moi, ça m'a changé la vie. Ca m'a permis de me développer sur les réseaux, de trouver un peu ce que je voulais faire, d'avoir plus confiance en moi, de m'affirmer, de ne pas avoir peur de l'échec. La mentalité américaine là-dessus, elle est quand même géniale et ça m'a vachement aidée. Je pense que ça a été aussi négatif aussi parce que je suis dans un truc qui ne me plaît pas, qui n'est pas adapté à mon tempérament. Là, j’attends mon visa. Ensuite, on verra.
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